EDITORIAL

 

 

           

La Science sacrée est la science par excellence : elle s’identifie à la connaissance des principes universels. Elle est aussi la connaissance de l’application de ces principes à tous les degrés de l’existence ; c’est elle qui fonde les diverses sciences sacrées ou traditionnelles. Celles-ci se présentent comme des conséquences indubitables de vérités connues dans l’ordre métaphysique. Toutefois, ces sciences qui embrassent les réalités contingentes, y compris les institutions sociales, restent secondaires et dérivées par rapport aux principes, dont elles ne sont que l’application à un ordre inférieur de réalité. En effet, une science traditionnelle a moins son intérêt en elle-même qu’en ce qu’elle est comme un prolongement ou une branche secondaire de la Science sacrée, dont la partie essentielle est constituée par la métaphysique, la spiritualité et l’intellectualité pures.

Il y a, en ce qui concerne les sciences, deux conceptions radicalement différentes : la conception traditionnelle et la conception moderne. La distinction du “sacré” et du “profane”, bien loin d’être “primitive”, ne correspond qu’à un certain état de dégénérescence. Dans une civilisation intégralement traditionnelle, tout a un caractère sacré. Les sciences actuelles, en se constituant à la façon profane, sont devenues incompatibles avec la Science sacrée : leur absence de rattachement aux principes les rend illégitimes car elles ne participent plus de l’immutabilité de ceux-ci dans toute la mesure où leur objet même le permet. Elles prétendent contester la Science sacrée, et vont même jusqu’à nier son existence. De même que l’erreur s’efface devant la Vérité, le point de vue profane propre aux sciences modernes doit céder la place aux prérogatives de la Science sacrée ou de la Tradition perpétuelle et unanime.

Il n’y a, et il ne peut y avoir, qu’une Science sacrée, quelles que soient les façons diverses dont on l’exprime : s’il en est ainsi, c’est tout simplement parce que la Vérité est une. L’étude des différentes doctrines traditionnelles permet de constater leur concordance dans l’ordre transcendant ; elle ouvre à ceux qui l’étudient comme il convient, c’est-à-dire à ceux qui sont doués d’intention droite et de bonne volonté, des horizons insoupçonnés et vraiment illimités. Pour notre part, c’est uniquement de Science sacrée, donc d’intellectualité et de spiritualité pures, que nous entendons nous occuper dans cette revue.